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L'écrivain Michel Tournier est mort le 18 janvier

M Tournier portraitvendredi ou les limbes du pacifique FolioIl a commencé à écrire à l'âge de 42 ans mais a été l'un des grands auteurs français de la seconde moitié du 20e siècle, à la croisée des cultures française et allemande.

Son 1er roman « Vendredi ou les limbes du Pacifique » obtient le Grand Prix du Roman de l’Académie française en 1967, et une version pour enfants "Vendredi ou la vie sauvage" paraîtra en 1971.

 

 

 

 

 

Tournier LavieSauvageDès cette première fiction, Tournier est en possession de ce qui nourrira et vivifiera les autres : l’insertion dans la narration d’un des grands mythes fondateurs de la littérature occidentale, celui du naufragé de Daniel Defoe et celui de Jules Verne dans L’île mystérieuse.

 

Le navire de Robinson fait naufrage en septembre 1759, mais ce que ce navigateur trouve dans l’île, c’est un temps hors du temps, une terre vierge, inconnue des cartes maritimes. Dans cette île, Robinson accomplit une équipée initiatique, à travers les éléments, l’eau puis la terre, au cours d’une descente dans une grotte. Ensuite, grâce à l’apparition de Vendredi, dans l’air  qui le purifie, le libère, et enfin dans le feu du soleil.
Dans ce premier roman fiction, on peut déjà repérer les motifs mythiques qui reviendront dans les suivants : le voyage, du dénuement à la joie, la gémellité, la fascination pour l’androgyne, nourrie de Platon dont il partage aussi le rejet de l’hétérosexualité.

 

Tournier Le Roi des AulnesIl se voulait, pour l’écriture, l’élève de Maupassant et rappelait qu’il était influencé par les Parnassiens et Valéry et qu’il laissait Joyce aux « expérimentateurs du langage ». En 1970, Michel Tournier est couronné à l'unanimité par le Goncourt pour Le roi des Aulnes, retour aux sources germaniques, dégradation de la figure romantique.
Le roi des Aulnes goethéen qui enlevait les petits enfants vers la mort s’appelle ici Abel Tiffauges. Garagiste parisien, fait prisonnier dans l’Allemagne nazie de 1940, il se retrouve dans la réserve de chasse de Goering et, pourvoyeur des bourreaux, pourra donner libre cours à ses perversions le poussant du côté des enfants, figure sinistre, peut-être rachetée à la fin par le sauvetage d’un petit Juif.
La Rédemption se retrouve en effet dans beaucoup de ses œuvres, thème chrétien, bien que Tournier ait déclaré avoir « une culture théologique tout à fait nulle ».

 

Tournier Les meteoresAprès cette œuvre ambiguë à laquelle fut parfois reprochée, à tort, une certaine fascination pour le nazisme, Tournier reprend, dans Les Météores (1975), le thème de la profanation, de l’inversion, inversion totale des valeurs et aussi inversion sexuelle à travers le personnage d’Alexandre, homosexuel prédateur lui aussi, dirigeant une entreprise d’ordures ménagères, et celui de la gémellité, de la fascination pour le même, à travers les figures de ses neveux, Jean et Paul.

Tournier LaGoutteDorLes années suivantes, ces figures emblématiques reviendront dans des textes plus courts, comme dans Gilles et Jeanne (1983) où, au visage salvateur de Jeanne d’Arc s’oppose celui, terrifiant, de Gilles de Rais.
Depuis quelques années, après La Goutte d’or (1985), Michel Tournier s’était consacré à l’écriture d’essais, comme Les Vertes Lectures (2006), et de romans et contes pour enfants, sans mener à bien son projet de grand roman sur le Vampire, autre figure de son univers imaginaire.

Extrait de l'article de Francine De Martinoir pour La Croix

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